POUSSIERES PRIMITIVES

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Exposition de fin de résidence à la Villa Boesch

du 11 au 29 mai 2016

Vernissage mardi 10 mai à 18 heures

40, rue François Bougouin
44510 Le Pouliguen

CAROLINE CORBASSON : POUSSIERES PRIMITIVES

Victor Mazière

Caroline Corbasson s’intéresse à l’astrophysique, à la poésie, à la cosmologie : mais, au-delà des références culturelles qui ont nourri son imaginaire, c’est à une fascination primitive du regard que renvoie son travail, celle qu’elle a éprouvé, enfant, devant les cieux nocturnes et les espaces désertés de présence humaine. Ses dessins, ses installations ou ses sculptures reflètent cette ambivalence, tissée à la fois de présence sensorielle et de distance contemplative : mélangeant le caractère tactile des matériaux « pauvres » ( comme le charbon avec lequel elle dessine ou les cartes routières anciennes qu’elle retravaille) à un donné signifiant issu de technologies contemporaines (comme les photographies scientifiques ou les atlas d’astronomie), ses travaux s’inscrivent à la fois dans un passé qu’ils réactualisent et un présent qu’ils éloignent de leur source, n’étant jamais ni de purs « ready-made », ni de simples créations de l’esprit. De ses sources d’inspiration majeures (le Land Art, James Turrell, le romantisme tardif, pour n’en citer que quelques-unes), Caroline Corbasson n’a conservé que l’ossature : la pratique située, la définition d’un territoire d’intervention plastique, une forme de « métaphysique naturelle », à la fois ancrée dans l’immanence et travaillée par le mystère de ce qui ne se donne pas à voir ;  et, comme le corollaire de cet effondrement du dualisme, un certain scepticisme vis-à-vis d’une conception anthropocentrique et hiérarchisée de l’Univers.
Car c’est, en fin de compte, vers une esthétique de l’Anthropocène que tend le travail de Caroline Corbasson, rempli de craintes, mais aussi de fascination pour le nouveau champ  que la fin de l’homme « comme maître et possesseur de la nature » (1) a fait naître : absorbé par ce qu’il a lui-même engendré, l’âge humain a laissé place aux « hyper-objets », non localisables, aux espace-temps asymétriques, aux topologies froissées. Sous-jacent à son travail, ce champ conceptuel, autour duquel elle tourne et que développent les théoriciens de la pensée écologique contemporaine (comme Timothy Morton ou Quentin Meillassoux, par exemple), Caroline Corbasson l’interprète dans son propre imaginaire, fait d’obscurcissement et de révélation, de permanence et d’impermanence, de poudroiements stellaires.
La nuit y devient ainsi, plus encore que « la matière dont sont fait nos rêves » (2), celle qui nous rêve à travers elle, puisque nous ne sommes jamais nous-mêmes que des objets en transit, voyageant à travers les champs magnétiques et le rayonnement noir, comme transpercés de part en part par l’infini.

Mai 2016

(1)René Descartes, Discours de la méthode (1637), 6e partie, Bibliothèque de la Pléiade, Éd. Gallimard, 1966, p. 168.
(2)William Shakespeare, La Tempête, 1611.

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Livret de 24 pages, texte de Victor Mazière, sur demande : caroline.corbasson@gmail.com

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